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Comment les institutions financières peuvent-elles répondre aux attentes des familles de migrants, comme Abdoulaye ?

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Abdoulaye est un jeune entrepreneur, vivant dans la région rurale de Louga, au Nord-Ouest du Sénégal. Il vit dans la concession familiale tenue par son oncle qui regroupe pas moins de 8 adultes et 15 enfants. Titulaire du baccalauréat, Abdoulaye travaille à son compte et arrive à stabiliser son revenu mensuel à 100 000 XOF (170 USD) à travers la diversification de ses activités.

Tous les mois, son frère qui réside en France, lui envoie 150 000 XOF via un service de transfert d’argent, pour compléter les dépenses courantes du foyer (alimentation, factures, frais de santé, frais de scolarité). Le soutien financier de son frère a été un véritable coup de booste pour qu’il se lance dans ses activités entrepreneuriales. Grâce à cet argent, Abdoulaye a pu aussi commencer à épargner de manière informelle.

Il a monté un magasin où ses produits à la vente évoluent en fonction de la demande, très fortement rythmée par les célébrations religieuses qui occupent une place prépondérante dans la vie des Sénégalais.

Lors du Magal de Touba ou la Tabaski, son business tourne grâce à la vente de vêtements d’apparat pour les cérémonies. En prévision de la Tabaski, il élève aussi des moutons, chaque vente pouvant lui rapporter jusqu’à 100 000 XOF (170 USD). Pour accroître ses revenus, il lui arrive même d’acheter des moutons pour les revendre en marché public dans la foulée.

C’est à cette période de l’année que ses besoins d’investissement sont les plus importants. Dès que la rentrée scolaire arrive, son chiffre d’affaire est principalement porté par la vente de fournitures. Entrepreneur dans l’âme, il sait comment gérer son argent et est soucieux de le faire fructifier. En effet, si son frère lui envoie 50.000 FCFA (85 USD) pour qu’il puisse investir dans l’achat de semences, ses bons calculs et sa bonne gestion, lui ont rapporté à travers la vente 180 000 XOF. Abdoulaye sait gérer son argent afin de ne pas connaitre de période de carence financière.

Abdoulaye fait preuve de clairvoyance et de dynamisme, lui permettant de sécuriser un revenu stable, mais comme il reste dans le secteur informel, ses capacités financières sont invisibles aux institutions financières.  Il est membre actif de deux tontines auprès desquelles ses contributions atteignent jusqu’à 30 000 FCFA (51 USD) par mois. Il s’est constitué en parallèle une épargne personnelle qu’il conserve à son domicile comme fond de roulement. Elle lui permet de couvrir les frais de fonctionnement et l’approvisionnement en marchandises de son business.

La nature de ses activités requiert une flexibilité financière, à laquelle les banques et les IMF n’arrivent aujourd’hui pas à répondre : les taux d’intérêts sont élevés et les échéances de remboursement trop rigides. Pourtant ses revenus primaires et secondaires augmentent sa notation de crédit et montre sa capacité de remboursement.

Abdoulaye a tous les attributs d’un client fiable et responsable pour une institution financière, cependant il ne compte aujourd’hui que sur l’aide financière ponctuelle que lui apporte son frère de l’étranger, ainsi que sur des mécanismes informels d’emprunt et d’épargne au sein de sa communauté.

Comment les institutions financières peuvent-elles faire des partenariats avec les sociétés de transferts d’argents pour créer des profils numériques et développer un historique de crédit alternatif ? Comment encourager les transactions numériques pour inciter les entrepreneurs comme Abdoulaye à réduire son utilisation de cash ?

Leïla Ferrali