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vendredi 9 décembre 2022

Comprendre la Finance islamique et ses perspectives dans un contexte de chômage des jeunes

En 1989, le communisme et le collectivisme prennent fin, le capitalisme règne en maître, la loi du marché s’impose et la recherche du profit s’installe au point que le respect des valeurs est négligé.
Cette situation a engendré une forte financiarisation de l’économie au détriment de l’activité réelle. Le travail et l’effort ne sont plus rémunérés à leur juste valeur, l’investissement tend de plus en plus à des actifs financiers. Cela a entraîné une succession de crises financières et économiques et de fortes inégalités de revenus dans le monde.
Dans ce contexte, un courant qui prône l’économie et la finance éthiques tente de résister et met en avant le respect des valeurs. Du fait des principes moraux qu’elle impose au droit, à l’économie et aux finances, la finance islamique est placée dans ce courant.

Qu’est-ce que la finance islamique ?
La finance islamique est un système financier qui se réfère sur les valeurs éthiques et morales dictées par l’islam.
Quelles sont les fondements et les sources de la finance islamique ?
Pour comprendre la finance islamique, il faut partir de l’Islam (soumission) qui a un Code de conduite avec un ensemble de règles à suivre dictées par la charia. Cette dernière est le droit et la jurisprudence musulmane et a deux sous composantes :
– « Fikh al- ibadaat » qui définit tout ce qui est rites et cultes (comment faire la prière, comment jeûner, etc.) ;
– « Fikh al- Mouhamalaat » qui est le droit des affaires musulman.
C’est dans cette partie « mouhamalat » que la finance islamique tire ses références.
Les sources principales de la finance islamique sont le Coran et la Sunna (hadiths). Il y’a également d’autres sources secondaires. On peut citer le Consensus (Idjma), l’avis des oulémas sur des questions de jurisprudence(Fatwa), etc.

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Quels sont les principes de la finance islamique ?
On peut résumer ces principes au nombre de cinq :
– L’interdiction de l’usure (ribat) qui désigne un surplus perçu sans contrepartie légitime selon le droit musulman. Ce principe bannit l’intérêt qui rémunère le capital et préfère la marge bénéficiaire qui rémunère un effort ;
– L’interdiction de la spéculation (maysir) et l’incertitude (Gharar) du fait des caractères aléatoires, indéterminés et flous. Ainsi, on doit définir dans les transactions les valeurs échangées et l’échéance. C’est pour cela que les jeux de hasard et l’assurance classique sont bannis ;
– L’interdiction d’investir dans des secteurs illicites. Il s’agit des secteurs comme l’armement, alcool, la viande de porc, la pornographie, etc.
– L’adossement à un actif tangible qui voudrait que toute opération financière repose sur un bien réel ;
– La règle des trois P (partage des profits et pertes) : l’Islam voudrait que le profit récompense le risque d’une éventuelle perte.

La Finance islamique face à l’emploi des jeunes, quelles perspectives ?

Aujourd’hui, l’un des défis majeurs de notre société est comment faire face au chômage de manière générale et particulièrement le chômage des jeunes. Les autorités ont pris de nombreuses politiques allant dans ce sens. Mais le plus souvent elles sont vouées à l’échec.

La finance islamique peut être un instrument efficace pour apporter des réponses à ce fléau ; d’ailleurs elle est citée dans le Plan Sénégal Emergent (PSE) comme un instrument innovant insuffisamment utilisé dans l’économie.
D’abord, le défi majeur est comment orienté l’épargne collectée pour qu’elle puisse être utilisée dans les secteurs comme l’agriculture, la pêche, l’industrie pour les booster et créer des emplois. Pour cela, la finance islamique prône l’investissement productif donc dans l’économie réelle et elle pourrait être une alternative à la finance conventionnelle qui est plus dans la spéculation. Elle encourage le risque et l’effort de travail.

Ensuite, si les agents refusent de s’endetter pour investir et créer des emplois c’est parce que les frais financiers et les conditions sont insupportables pour un investissement rentable. Dans ce cas, la finance islamique est aussi une alternative car bannit tout ce qui est ribat ; donc tout ce qui est surplus non justifié par un effort.


Sur quel instrument peut-on s’appuyer pour promouvoir l’emploi à travers la finance islamique ?

L’Etat du Sénégal a signé un accord avec la BID pour promouvoir la microfinance islamique à travers le Programme de Développement de la Microfinance Islamique du Sénégal (PROMISE). Ce dernier est peut-être le meilleur levier pour l’emploi et la finance islamique. A travers un fond de 47 milliards de FCFA, le PROMISE a signé des conventions avec les Services Financiers Décentralisés pour qu’ils puissent financer les porteurs de projets avec comme cibles les jeunes, les femmes et surtout ceux et celles en milieu rural, selon des normes chariatiques validés par un comité de conformité appelé « sharia board ».

Mamadou Moustapha KAMARA, doctorant-chercheur au Laboratoire d’Analyse des Politiques Economiques et Sociales de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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