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jeudi 25 juillet 2024

Gestion de la Crise Economique : La CEMAC ne rassure pas

La Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) est peu transparente sur les déterminants de sa réponse aux conséquences économiques et monétaires de la pandémie de Covid-19 dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac). À l’issue de la première session de son Comité de politique monétaire (CPM) de l’année, tenue le 27 mars dernier, elle a décidé d’assouplir la politique monétaire tout en s’abstenant de communiquer ses projections.

Cette décision d’assouplissement a été prise, selon le communiqué qui a sanctionné cette réunion, « après avoir analysé l’impact de la crise du Covid-19 et de la chute des cours du pétrole sur les économies de la Cemacd’une part, et au regard des facteurs de risques posant sur la stabilité monétaire et financière, d’autre part ». Mais contrairement à son habitude, l’institut d’émission de la Cemac n’a donné aucun indicateur chiffré permettant de comprendre sa démarche.

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Communication vague sur la situation  

« Le CPM […] a prévu pour 2020 : un taux de croissance en forte baisse, voire une récession ; une remontée des pressions inflationnistes, mais sous le   seuil communautaire ; une dégradation du solde budgétaire, base engagements, qui redeviendrait négatif ; un creusement significatif du déficit du compte courant et une augmentation de la masse monétaire pour un taux de couverture extérieure de la monnaie qui évoluerait également à la baisse », s’est contentée d’indiquer la banque centrale.

« Sans indication d’impact, on se demande bien quelles cibles visent les mesures prises par le CPM, même si elles vont dans le sens souhaité », commente un spécialiste de la programmation monétaire. Approchée, la Beac n’a pas donné suite à nos sollicitations. « Nous avons calibré le montant des liquidités à injecter dans le système bancaire et les taux directeurs en visant des impacts précis. Mais il est difficile de les annoncer dans un communiqué […] Nous ferons une évaluation progressive et communiquerons les résultats », se défend une source interne.

Conformément au vœu des associations de banques de la sous-région, avec qui le gouverneur de la Beac, Abbas Mahamat Tolli (photo), a échangé quelques jours avant la tenue du CPM, la Banque centrale a adouci les conditions d’accès des établissements de crédit à la liquidité. Elle a notamment suspendu son opération de reprise de liquidité, décidée le 7 février par le Comité du marché monétaire ; doublé de 240 milliards à 500 milliards FCFA les liquidités pouvant être accordées hebdomadairement aux banques et baissé de 3,5% à 3,25% le taux d’intérêt de bases (TIAO) exigé sur ces ressources.

Evaluation approximative des besoins

Depuis le mois d’avril, la Beac met chaque semaine à la disposition du système bancaire 250 milliards FCFA. Mais ces opérations se soldent par de faibles taux de souscription traduisant un déphasage avec les besoins du secteur. Sur ce montant proposé, à chaque fois, les banques commerciales souscrivent pour des sommes allant de 32 à 71 milliards FCFA.

Un autre signe du peu d’intérêt des banques pour la liquidité, ce sont les taux d’intérêt qu’elles proposent lors de ces appels d’offres. Ils baissent au fil des opérations et se rapprochent du TIAO. Lors de la dernière opération, la Beac a cédé la liquidité au taux d’intérêt le plus bas jamais enregistré depuis l’entrée en vigueur, le 11 juin 2018, du nouveau cadre opérationnel de la politique monétaire. Pour bien comprendre la situation actuelle, il faut intégrer que pendant une partie de cette période, le taux d’intérêt de base des souscriptions était plus bas qu’aujourd’hui (2,95%).

« La banque sollicite la liquidité lorsque ses besoins sont supérieurs à sa consommation habituelle », explique une source interne à Afriland First Bank. Et pour l’instant, ajoute-t-elle, « La crise n’a pas exercé une pression particulière sur la liquidité ». « Dans les entreprises, l’heure est encore à l’observation des conséquences de la pandémie du Coronavirus. Les demandes de crédits ne fusent pas », renchérit un autre banquier.

La crise s’est en fait déclarée dans un contexte de « surliquidité » selon les indicateurs du Fonds monétaire international (FMI). À fin février, le FMI estimait les réserves libres des banques à près de 2000 milliards FCFA. « Afin de mieux apprécier les effets de la crise sanitaire actuelle liée à la pandémie du Covid-19 sur la liquidité du système bancaire de la Cemac », la Beac a d’ailleurs décidé le 24 mars de suspendre pour une semaine (26 mars au 2 avril), son opération principale sur le marché monétaire.

Problème structurel

Mais, sans publier les résultats de son observation, l’institut d’émission de la Cemac a repris ses opérations d’injection de liquidité et porté le montant hebdomadaire à 250 milliards FCFA (il était en moyenne de 60 milliards FCFA entre juin 2018 et juin 2019) avec les résultats qu’on observe aujourd’hui.

Des experts font l’hypothèse que l’action de la Banque centrale viserait en priorité les établissements de crédit en situation de dépendance de refinancement. En effet, malgré un stock élevé de réserves libres, plusieurs banques, principalement locales, sont en déficit de liquidité. Mais dans ce cas, pourquoi n’avoir pas privilégié des opérations bilatérales ; qui plus est au regard des pressions que l’excès de liquidité ferait peser sur les avoirs extérieurs de la Cemac et donc sur la stabilité du franc CFA ?

Pour un ancien cadre de la Beac, approché, le problème est structurel. « Les règles et procédures strictes ont entraîné l’inertie et la peur de l’innovation. En clair, on attend d’abord ce que les autres vont faire (BCEAO notamment). Ensuite, on s’aligne avec des éléments de langage ou des réécritures », soutient-il.

Le 21 mars, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) a décidé d’accroître de 340 milliards FCFA ses injections hebdomadaires de liquidités. Une semaine plus tard, la Beac lui emboitait le pas alors que la situation économique antérieure au Covid-19 dans les deux sous-régions est différente. La Cemac commençait à peine à se remettre du choc pétrolier de 2014 alors que l’Uemoa était en pleine expansion.

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