La pensée économique d’Averroès / Ibn Rushd

Averroès / Ibn Rushd (1126-1198): les interdits du marché
Ibn Rochd de Cordoue (en arabe : ابن رشد, Ibn Rushd), plus connu en Occident sous son nom latinisé d’Averroèsb, est un philosophe, théologien, juriste et médecin musulman andalou de langue arabe du xiie siècle, né le 14 avril 1126 à Cordoue en Andalousie et mort le 10 décembre 1198 à Marrakech (actuel Maroc). Il exerce les fonctions de grand cadi (juge suprême) à Séville et à Cordoue, et de médecin privé des sultans almohades, à Marrakech à une époque charnière où le pouvoir passe des Almoravides aux Almohades.

Issu d’une grande famille de notables andalous, Averroès, l’un des penseurs musulmans les plus connus en Occident.

L’économiste s’intéressera avant tout à ses commentaires de « La République » de Platon et « L’Ethique à Nicomaque » d’Aristote. Au-delà du commentaire que nous apprend Averroès en matière d’éthique économique, sa pensée se concentre en grande partie sur le marché, ou plus exactement sur l’éthique du marché.
Afin de se conformer à cette éthique de marché, Averroès souligne de nombreux interdits.

Il s’agit avant tout de l’interdiction de l’usure, comme elle est mentionnée dans le Coran. Synonyme d’échange inégal, elle se doit d’être prohibée : « Le but de la prohibition du ribâ réside dans la lésion considérable qu’elle recèle. Or l’équité en matière de transaction consiste surtout dans la tendance vers l’égalité ».
En outre, Averroès réprouve les manœuvres de désinformation : en s’appuyant sur la tradition du Prophète, il interdit de se porter au-devant de la caravane pour acheter des biens avant qu’elle n’ait atteint le marché.

Jacques Wolff précise que la raison de cette prohibition est de protéger les intérêts du vendeur, de telle sorte que l’acheteur ne le trompe pas, car le vendeur ne connaît pas le prix du marché en ville.
Enfin, Averroès condamne les positions de force sur le marché. C’est la raison pour laquelle le troc est prohibé, car les relations bilatérales permettent l’émergence de rapports de force inégaux.
Si la monnaie rompt le troc, elle ne suffit cependant pas à garantir un échange égal. Encore faut-il qu’il n’y ait pas de position dominante.

Averroès signale également l’interdiction de l’aléa. Cela signifie qu’il doit y avoir une information parfaite chez tous les participants à l’échange.
« L’aléa est l’incertitude portant sur la qualité ou sur le prix du produit échangé. L’aléa étant une lésion, les échanges sont prohibés ».
Le grand mérite d’Averroès concernant l’éthique économique est d’avoir su utiliser ses analyses afin de montrer comment les règles d’un marché idéal peuvent répondre aux exigences de la théologie musulmane.
Son œuvre fait donc sens aujourd’hui dans le cadre de la remise en question des marchés financiers et de la crise, pas seulement économique, mais aussi éthique de la mondialisation.