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mercredi 10 août 2022

LE PERE NOEL MACRON, LE F CFA ET L’ECO, QUELLE MISE EN SCENE !

En cette période de fêtes de fin d’année, le père Nöel Macron effectuant une visite en Côte d’Ivoire, vient une nouvelle fois assister à une scène de théâtre en compagnie d’Alassane Dramane Ouattara (ADO). Une visite très solennelle puisque le père Nöel nous offre un cadeau qui serait probablement tombé du ciel. Son homologue, le président ivoirien, enchanté de recevoir ce cadeau somptueux, tel un enfant découvrant des jeux de Stars Wars sous le sapin, annonce la mort du F CFA et la naissance présumée d’une nouvelle monnaie dont la France veut se prévaloir de la paternité. Malheureusement, ADO tout comme les autres Chefs d’Etat de l’UEMOA n’ont pas encore consciences des mesures politiques qu’ils posent.

Le père Nöel qui a fait des milliers de kilomètres, laissant derrière lui un sujet brulant portant sur la réforme des retraites en France, dit qu’il a entendu et compris les opinions qui se sont élevées contre le F CFA. C’est dans ce cadre qu’il est venu jusqu’en Côte d’Ivoire pour réformer la gestion du F CFA. Puisque que les huit pays composant la zone UEMOA se sentent donc impuissants de mener des réformes les concernant, le père Nöel est très disposé à le faire à leur place. Comme l’humiliation subie par les Chefs d’Etat du G5 Sahel ne suffisait pas, le président Macron, à travers les actes posés, montre à la face du monde que l’avenir de l’Afrique de l’Ouest dépend de ce que la France en décidera. Le changement de nom d’une monnaie n’a rien d’extraordinaire. Le fait de passer de l’appellation F CFA à ECO sans changement de mécanismes monétaires n’a pas de sens. La compréhension d’une monnaie est beaucoup plus profonde que cela. Il est utile de préciser que l’ECO est une volonté des pays de la CEDEAO et non de la France me mettre en place une monnaie régionale commune. Cette intégration monétaire au niveau régional ne relève pas de la volonté de la France et de ses partenaires de l’UEMOA bien au contraire.

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Que la France ne siège plus dans le Conseil d’Administration de la BCEAO, ni au Conseil de Politique Monétaire constitue certes une avancée majeure dans les relations entre elle et les pays de la zone UEMOA, mais fondamentalement, il reste beaucoup de choses à faire. Depuis l’avènement de l’euro en 1999 et de sa mise en œuvre en janvier 2002, la France ne dispose plus de sa gestion monétaire, celle-ci étant assurée par l’Eurosystème. Alors, de quelle manière un pays n’ayant plus l’autonomie sur sa monnaie peut-il se prévaloir d’en assurer celle de 16 pays (zone UEMOA, zone CEMAC et COMORES) ?

La monnaie remplit par définition trois fonctions essentielles qui sont : d’unité de compte, de moyen d’échange et de réserve de valeur. Unité de compte parce que les biens que nous achetons sont exprimés en valeur monétaire. Moyen d’échange, toute transaction nécessite deux parties, celle qui vend le bien et reçoit en contrepartie de la monnaie et celle qui achète le bien en payant de la monnaie. Réserve de valeur, puisque la monnaie définit telle qu’aujourd’hui n’a pas de valeur intrinsèque comme l’or ou les métaux précieux, mais en revanche, assure un certain transfert de pouvoir d’achat du présent vers le futur. Parmi toutes ces trois fonctions, la troisième est la plus importante. Force est de constater donc que le développement économique d’un pays ou d’une zone économique ne peut être assuré que si ce ou les pays composant la zone conserve la plénitude de leur autonomie monétaire. L’ECO avec le système actuel tel que présenté par le Président ivoirien n’assure pas le développement économique des pays de l’UEMOA.

Pour qu’une monnaie joue pleinement son rôle de catalyseur économique, il faut qu’elle permette à ses détenteurs de pouvoir profiter des échanges internationaux. Une monnaie forte doit permettre la stabilité macroéconomique tout en assurant une croissance économique soutenable dans un cadre de stabilité des prix. Le fait de maintenir une parité fixe avec l’euro a pour conséquence, de ne pas diversifier ses partenaires commerciaux. Or, dans un cadre de flexibilité des monnaies comme cela se passe actuellement dans les grandes places financières, la politique monétaire a pour vocation de stimuler la croissance économique par le mécanisme de baisse des taux d’intérêt. En change flexible, la baisse des taux d’intérêt permet de stimuler l’investissement ce qui a pour but de doper la croissance.

Le problème avec un change fixe, comme actuellement avec l’euro, est que la banque centrale est obligée d’intervenir tout le temps pour maintenir la parité de la monnaie. Le levier de politique monétaire, en change fixe, est complètement inefficace. Seule la politique budgétaire peut stimuler la croissance. Or, les critères de convergence en zone UEMOA ne permettent pas aux Etats de recours en toute liberté à la politique budgétaire, réduisant de fait, leur marge de manœuvre. La croissance économique ne peut être assurée sans une politique monétaire accommodante menée par une banque centrale indépendante et sans une politique budgétaire flexible.

Le développement des pays de l’UEMOA ne peut être assuré que s’ils décident d’un commun accord à prendre leur autonomie monétaire vis-à-vis de la France. Ils sont suffisamment matures pour couper le cordon ombilical monétaire qui les lie avec la France. Il suffit qu’ils aient de la volonté et croient fondamentalement que l’expansion économique est possible.

Dans un monde globalisé où les flux des capitaux sont liquides et circulent librement, il est temps que les pays africains jouent pleinement leur partition. Si les pays du Maghreb qui étaient d’anciennes colonies françaises s’en sont bien sortis en prenant leur autonomie monétaire pourquoi pas donc nous.
Si le continent africain, en particulier les pays de la zone Franc (UEMOA, CEMAC et les îles COMORES) est en rade dans les échanges de flux internationaux de capitaux destinés à financer l’accumulation du capital et dans les échanges de flux internationaux de biens et services, nos dirigeants en sont les principaux responsables de ce recul. L’Afrique ne peut en aucun se développer si l’investissement productif destiné à créer de la croissance de long terme est faible. Or, il ne peut pas y avoir du financement de l’investissement si l’épargne manque. C’est cette dernière qui offre de la liquidité nécessaire permettant de financer les achats de biens de capitaux. Sans création de richesses, il n’y a pas d’épargne et sans épargne il n’y a pas d’investissement.

L’Afrique est pauvre et ses enfants la quittent parce qu’elle ne reçoit rien des investissements directs à l’étranger alors que nos propres ressources minières et halieutiques stimulent la production des pays occidentaux.

Si nous voulons nous en sortir, il est temps que nous nous réveillions et que nous n’acceptions plus que des politiques nous mènent en bateau car le Père Nöel n’existe pas.

 


IBRAHIMA SOUMARE
Docteur en Sciences Economiques.

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