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jeudi 29 septembre 2022

L’exploitation minière des fonds marins, une menace pour les grands projets de la RDC

Connus depuis les années 1860, mais longtemps négligés, les gisements de minéraux situés dans les profondeurs des océans de notre planète retrouvent un intérêt depuis quelques années. Ce retour sous les projecteurs est lié aux besoins mondiaux croissants pour divers métaux indispensables à la réussite de la transition énergétique. S’ils peuvent contribuer à combler le déficit actuel et à venir, l’exploitation de ces fonds marins suscite néanmoins des interrogations quant à la préservation de l’écosystème qui les abrite. Décryptage.

La maitrise des métaux et leur utilisation rythment l’histoire de l’humanité, au point de donner leurs noms à des périodes de cette histoire (l’âge du Fer, l’âge du Bronze). Indispensables dans tous les secteurs d’activité, ils le seraient désormais aussi pour sauver notre planète du désastre climatique. Cuivre, cobalt, lithium, manganèse, nickel, néodyme, praséodyme, etc., tous ces métaux sont en effet essentiels à la réussite de la transition énergétique présentée comme la solution qui va permettre de limiter le réchauffement climatique.

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Alors que cette demande est colossale, les investissements à effectuer pour la satisfaire ne le sont pas moins : entre 1000 et 1700 milliards $ devront être investis, d’ici 2036, pour produire ces métaux, selon Wood MacKenzie.

Alors que cette demande est colossale, les investissements à effectuer pour la satisfaire ne le sont pas moins : entre 1000 et 1700 milliards $ devront être investis, d’ici 2036, pour produire ces métaux, selon Wood MacKenzie.

« La transition énergétique commence et se termine avec les métaux. Si vous voulez produire, transmettre ou stocker de l’énergie à faible teneur en carbone ou sans carbone, vous avez besoin d’aluminium, de cobalt, de cuivre, de nickel et de lithium », résume Julian Kettle, vice-président du cabinet responsable des métaux et des mines.

Entre des règles de plus en plus strictes encadrant l’exploitation minière et des ressources se trouvant dans les juridictions à risques, en raison de problèmes de droits de l’homme ou d’instabilité politique, par exemple, les choix disponibles pour obtenir ces métaux peuvent néanmoins s’avérer limités. Dans ces conditions, le déficit déjà existant pour ces métaux peut très vite se creuser et accélérer la hausse de leurs prix.

Des ressources connues, mais délaissées jusqu’ici…

Outre le recyclage, solution qui peut soutenir l’approvisionnement sans nécessiter de retourner à la mine, mais encore embryonnaire malgré tout, le recours à de nouvelles sources d’approvisionnement semble être l’alternative pour combler ce déficit. Cependant, l’exploration nécessite des investissements importants et elle ne débouche pas toujours sur de grands gisements. C’est pourquoi de plus en plus de voix s’élèvent pour demander le recours à des gisements déjà connus, mais inexploités, car « sous embargo » : les dépôts de minéraux situés dans les profondeurs de nos océans.

Il s’agit d’éviter la destruction d’écosystèmes sous-marins. 

Leur existence a poussé l’ONU, sous l’impulsion de l’ambassadeur maltais Arvid Pardo, à mener dès les années 1960, plusieurs négociations qui aboutissent en 1994 à la création de l’Autorité internationale des fonds marins, dont le siège se trouve à Kingston en Jamaïque. Son but est d’assurer l’exploitation responsable de ces fonds marins décrétés bien commun de l’humanité. Ce sont en effet des ressources qu’on retrouve au-dessous de 200 m du niveau des océans et hors des limites des juridictions nationales, ce qui représente environ la moitié des fonds marins du globe ou 260 millions km². Puisque n’appartenant à aucun pays en particulier, cette « Zone » a été placée sous l’Autorité internationale des fonds marins, qui est composée de 168 pays membres ayant accepté de se soumettre à des réglementations communes concernant l’exploration et l’exploitation de ces ressources.

Puisque n’appartenant à aucun pays en particulier, cette « Zone » a été placée sous l’Autorité internationale des fonds marins, qui est composée de 168 pays membres.

Trois types de gisements sont caractéristiques de ces fonds marins, rappelle Michael Lodge, secrétaire général de l’Autorité. Les deux qui présentent le plus d’intérêt, dans le cadre de la transition énergétique, sont néanmoins les nodules polymétalliques et les encroûtements cobaltifères. On retrouve les premiers dans l’océan Indien, le Pacifique (particulièrement dans la zone dite de Clarion-Clipperton entre 3500 et 5000 m de profondeur) et les zones économiques exclusives des îles Cook, de la Polynésie française et des îles Kiribati. Ces gisements hébergent du cobalt, du nickel, du cuivre, du manganèse, du fer et, en quantité moins importante, du lithium, du niobium et du titane. Quant aux encroûtements cobaltifères situés à des profondeurs entre 400 et 7000 m, ils contiennent, en plus des métaux suscités, des éléments de terres rares. Les zones qui présentent des indices prometteurs pour ce type de gisement sont également localisées dans l’océan Pacifique, mais aussi à l’est du Japon, dans les monts sous-marins de Magellan et ceux des îles Mariannes.

De nombreuses organisations tentent de contrer le lobbying intensif de certaines compagnies attirées par l’exploitation minière des fonds marins. .

Si l’abondance des ressources minérales terrestres et l’insuffisance de la technologie nécessaire ont contribué à un relatif oubli collectif de ce patrimoine au cours de la seconde moitié du 20e siècle, la donne a depuis changé, principalement à cause des raisons évoquées plus haut. Alors que l’Autorité a ainsi approuvé une trentaine de permis d’exploration, mais échoue toujours à trouver un accord sur les règles d’exploitation minière, des centaines de scientifiques réclament un moratoire « jusqu’à ce que des informations scientifiques suffisantes et solides aient été obtenues pour prendre des décisions éclairées sur la question ». Des géants technologiques comme Google, Volvo Group, BMW et Samsung SDI ont même rejoint un appel similaire lancé par le Fonds mondial pour la nature (WWF) pour répondre au lobbying intensif de certaines compagnies minières.

« Nous assistons à cette poussée incessante et imprudente pour exploiter ces zones, malgré le fait que les scientifiques nous avertissent très clairement que les résultats pourraient être désastreux »

«Nous sommes actuellement au milieu d’une crise du climat et de la biodiversité, nous savons que les écosystèmes d’eaux profondes font partie des écosystèmes les plus importants de la planète et nous assistons à cette poussée incessante et imprudente pour exploiter ces zones, malgré le fait que les scientifiques nous avertissent très clairement que les résultats pourraient être désastreux », alerte de son côté Jessica Desmond, une responsable de Greenpeace.

Un risque pour la RDC

Classée dans le top cinq mondial des producteurs de cuivre, disposant d’immenses réserves de lithium et premier producteur mondial de cobalt, la RDC est logiquement l’un des grands bénéficiaires de la course vers les « métaux verts ». Le gouvernement de ce pays d’Afrique centrale profite d’ailleurs actuellement de cette « position dominante » pour revoir plusieurs contrats miniers afin de tirer davantage profit de ses gisements. Jusqu’ici, le pays est considéré pourtant comme une juridiction à risques par les investisseurs, à cause des problèmes sécuritaires dans les régions minières du Kivu et du Katanga, mais surtout en raison des critiques des ONG internationales sur le non-respect des droits de l’Homme en général et de l’enfant en particulier.

La demande mondiale croissante pour le cobalt, le lithium et le cuivre devrait malgré tout pousser davantage de compagnies minières à s’y implanter ou à accroitre leurs investissements, comme le témoignent les importantes prises de participation effectuées ces dernières années par les compagnies chinoises comme China Molybdenum et Contemporary Amperex Technology. Il faut dire que la hausse des prix de ces métaux et les perspectives d’une forte demande sur plusieurs années rendent le risque acceptable… à moins qu’une alternative moins risquée, mais tout aussi intéressante ne soit disponible pour garantir l’approvisionnement mondial. Et cette « solution miracle », en dépit des appels à un moratoire, pourrait bien provenir de l’exploitation des fonds marins, remettant en cause des politiques publiques de développement en RDC, établies jusqu’en 2030-2040 et basées largement sur la participation du pays au boom des véhicules électriques et à la réussite de la transition énergétique.

2023, date limite avant les premiers travaux ?

C’est dans ce contexte incertain qu’une petite nation insulaire du Pacifique a jeté un pavé dans la mare cette année. Le président de Nauru a en effet utilisé « la règle des deux ans », une sorte d’ultimatum que chaque pays membre peut déclencher pour commencer l’exploitation minière, faute de consensus.

Le président de Nauru a en effet utilisé « la règle des deux ans », une sorte d’ultimatum que chaque pays membre peut déclencher pour commencer l’exploitation minière, faute de consensus.

Dans une lettre datée du 25 juin 2021, Lionel Aingimea a ainsi demandé à l’Autorité « d’achever l’adoption des règles, règlements et procédures nécessaires pour faciliter l’approbation des plans de travail pour l’exploitation dans la zone dans un délai de deux ans ».

Le président Lionel Aingimea pourrait ouvrir la boîte de Pandore.

Cependant, et en dépit des 10 projets de normes et de directives que l’Autorité affirme avoir déjà élaborés et soumis à consultation publique depuis l’année dernière, un groupe de pays d’Amérique latine et des Caraïbes considère cette échéance impossible à tenir. Dans un document daté du 13 octobre et publié fin octobre par l’Autorité, le Costa Rica (soutenu par l’Argentine, les Bahamas, le Chili, Cuba, la République dominicaine, le Guyana, la Jamaïque, le Panama et Trinité-et-Tobago) a affirmé que les restrictions liées à la pandémie mondiale constituent un frein important à l’aboutissement des négociations. A l’heure actuelle donc, on semble se diriger vers un scénario d’exploitation des fonds marins en rangs dispersés, ce qui risque d’accentuer la destruction potentielle de l’écosystème sous-marin, évoquée par les défenseurs de l’environnement. Ou comment tuer la planète en tentant de la sauver…

Il faut dire que le dirigeant cherche à attribuer un permis minier à Nauru Ocean Resources Inc, filiale du canadien DeepGreen, pour lui permettre d’exploiter la fameuse zone Clarion-Clipperton, entre Hawaï et le Mexique.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-

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