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samedi 26 novembre 2022

REFORME DU FRANC CFA/ L’accord Ouattara-Macron : « le but est de couper l’herbe sous les pieds des critiques, en éliminant les symboles néocoloniaux » . (Demba Moussa Dembélé, économiste)

 

L’économiste Demba Moussa Dembélé qualifie l’accord trouvé antre Ouattara et Macron de « mauvais coup contre l’intégration en Afrique de l’Ouest ». Dans son réquisitoire, l’un des détracteurs du francs CFA tient à faire valoir que : « L’accord Ouattara-Macron ne signifie nullement la fin du CFA, mais se situe plutôt dans la continuité de la servitude monétaire et de la tutelle de la France sur les économies africaines. Ce que demande les peuples africains, c’est la fin du francs CFA et non sa reforme ».
L’économiste Demba Moussa Dembélé est très déçu de l’accord trouvé entre les présidents Ouattara et Macron sur la monnaie ECO. « L’accord Ouattara-Macron ne signifie nullement la fin du CFA, mais se situe plutôt dans la continuité de la servitude monétaire et de la tutelle de la France sur les économies africaines. Ce que demandent les peuples africains, c’est la fin du franc CFA et non sa reforme ». Le détracteur du franc CFA de poursuivre : « C’est la souveraineté monétaire que réclament ces peuples, après prés de six décennies d’indépendance formelle ». Dans son raisonnement s’interroge-t-il : « Peut-on sérieusement envisager le lancement d’une monnaie unique pour la CDEAO sans le Nigeria et le Ghana, qui représentent plus de 75% du PIB de cette communauté ? En faisant un parallèle avec la zone Euro, pouvait-on avoir l’Euro sans l’Allemagne et la France ? » Face à la pression des peuples et la montée du sentiment ‘’anti-français’’, dira-il encore : « La France et ses vassaux ont cru avoir trouvé la parade, avec cette prétendue réforme du francs CFA. Ils pensent avoir coupé l’herbe sous les pieds des critiques, en éliminant les symboles néocoloniaux. Mais il ne feront que galvaniser davantage la résistance contre la servitude au profit d’une véritable souveraineté monétaire dans la CDEAO afin de contribuer à la réalisation des grands chantiers de l’Union africaine ».
Confortant son propos, il rappelle ceci : « Le samedi 21 décembre, Alassane Ouattara, président de la Cote d’Ivoire, annonce, aux cotés du président français, Emmanuel Macron, que le franc CFA aura pour nom ECO à partir de juillet 2020 et que son taux de change restera fixe par rapport à celui de l’Euro. Il ajoute qu’il n y aura pas rupture avec le trésor français et que la France aura un rôle de garant’’ ».

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OUATTARA : LE CHEVAL DE TROIE DE LA FRANCE
A cette déclaration, l’économiste estime que « cet accord est en contradiction avec la décision du 29 juin 2019, des chefs d’Etats de la CDEAO, qui avaient adopté le nom ECO ainsi que les mesures devant valoir cette décision à savoir que la future Banque centrale serait de type fédéral, le régime de change retenu serait flexible, avec un ciblage de l’inflation globale, comme cadre de politique monétaire »,a-t-il dit tout en laissant entendre : « L »annonce de Ouattara ne nous surprend guère. Nous l’avions envisagé comme l’un des scenarios possibles, lors du « samedi de l’économie » du 14 décembre, consacré à ce sujet…
Apres son entretien avec ce dernier, le 9 juillet dernier, il avait déclaré ceci : «A terme, le franc CFA s’appellera ECO ».
Pour souligner sa volonté d’écarter les pays non-CFA, il ajoutait : « il faudrait que les critères de convergence soient atteints par tous les pays avant d’y aller ». Pour aller au bout de sa pensée, Ouattara disait que la parité fixe avec l’Euro ne « changerait pas dans l’immédiat » avec l’entrée en vigueur de l’Eco …

DES REFORMES COSMETIQUES
Le président français Emmanuel Macron, a parlé d’accord « historique », sans doute pour impressionner les naïfs et fourvoyer l’opinion publique française. Il n’ya absolument rien « d’historique » dans l’accord Ouattara-Macron. La plupart des mesures annoncées avaient été proposées par Dominique Strauss-Kahn, ancien Directeur général du FMI, dans un papier publié en avril 2018. Aussi bien le changement de nom, que le transfert des réserves du trésor français vers une autre destination ou encore le remplacement des représentants français dans les instances de la Bceao. Le but est de couper l’herbe sous les pieds des critiques, en éliminant les symboles, qui fâchent sans toucher au fond du problème.
Car si le taux de change reste fixe, alors la Bceao continuera à mener les mêmes politiques monétaires, avec comme priorité la lutte contre l’inflation, comme le stipulent ses Statuts de 2010. En outre, la libre transferabilité des capitaux entre les pays africains et la France sera maintenue. Quant au transfert des réserves de change des pays de l’UEMOA vers un autre pays, cela changera quoi pour les pays africains ? Et si la France joue le « rôle de garant », quelle sera la marge de manœuvre des pays africains ?

POURQUOI LES PAYS DE L’UEMOA SEULEMENT ?
Démontant les argument du président, en exercice de la Conférence des chefs d’Etats et gouvernements de l’Uemoa, il dira : Alassane Ouattara, le président de la République de la Cote d’Ivoire, fait croire que ces pays remplissent tous les critères de convergence de premier rang, qui se composent comme suit : Maintien d’un taux d’inflation inferieur à 10% , avoir un ratio du déficit budgétaire de l’Etat (hors dons) par rapport au PIB inferieur ou égal à 3% ; respecter la limite maximale de 10% des recettes fiscales de l’année précédente pour le financement du déficit budgétaire par la Banque centrale ; maintenir un niveau de réserves de change couvrant aunions 3 mois d’importation ». A l’en croire : « Si le taux d’inflation et le financement par la Banque centrale sont respectés- malgré- eux par les pays de l’UEMOA, il n’en est pas nécessairement de même pour les deux autres critères. Par exemple pour le déficit budgétaire, à part la Cote d’Ivoire, aucun des autres pays de l’UEMOA ne le respecte. En 2018, le Sénégal était à un déficit de 3,7% et en 2019, il serait de 3,8%. Le Benin, le Burkina et le Mali avaient des déficits avoisinant 5% en 2018, tandis que celui du Niger s’approchait des 6%, selon les données de l’Annuaire statistique 2019 de la BAD et de la CEA. La Guinée fait mieux que tous ces pays, sauf la Cote d’Ivoire ». Dembélé de s’interroger : « Est-ce que tous les pays de l’Uemoa partagent la position de Ouattara ? On est en droit de poser cette question, vu le point de vue exprimé par le président Nigérien Issooufou, dans une interview à Jeune Afrique, le 14 aout 2019, dans laquelle il disait : Soyons clairs. La création de l’Eco signifie la sortie du franc CFA. Cette monnaie sera liée à un panier de monnaies, constitué des principales devises : euro, dollar, yuan… avec lesquelles nous commerçons. Ce ne sera donc pas le CFA sous un autre nom, ainsi que je l’entends parfois. Ce ne sera pas non plus une reforme contre la France, mais une reforme pour le développement de l’Afrique de l’Ouest, pour les investissements, pour la création d’emplois sur le continent et donc dans l’intérêt de tous ». Il fera noter que « toutes ces décisions ont été prises à l’unanimité des 15 Etats membres de la Cedeao, francophones et anglophones. »

PAF/Econews

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