Revisitons la pensée économique d’Imam Ghazali

Abû Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed al-Ghazālī (1058-1111), connu en Occident sous le nom d’Algazel, est un soufi d’origine persane. Personnage emblématique dans la culture musulmane, il représente la mystique dogmatique.
Al-Ghazâlî a une formation philosophique très poussée ; il écrit un essai tentant de résumer la pensée de philosophes musulmans déjà célèbres (Al-Kindi, Rhazès, Al-Fârâbî, Avicenne et d’autres). Déçu dans sa recherche d’une vérité philosophique finale, il s’oriente vers un mysticisme profond refusant toute vérité aux philosophes et les accusant d’infidélité.

Si Al Ghazali est davantage connu pour être un grand mystique, sa quête éthique et religieuse l’amène à s’intéresser à l’économie.
Al Ghazali s’intéresse tout d’abord à la notion de profit. Il le considère comme légitime, car il répond à la rémunération d’un service, et aussi d’un risque. Mais doit-il être limité ?

Al Ghazali suggère qu’un profit « normal » devrait représenter 5 à 10% du prix de vente du produit . Tout en recherchant un gain terrestre sur le marché du monde, le commerçant doit néanmoins privilégier le gain sur le marché de « l’autre monde ».
« Qui se contente d’un faible gain vend plus et fera de gros bénéfices ».

Mais curieusement, et dans la lignée de Miskawayh, Al Ghazali pointe les dangers d’une redistribution égalitaire. Celle-ci, qui assure un minimum vital à chacun, présenterait néanmoins de nombreux inconvénients.
Il semblerait ici qu’Al Ghazali justifie sur un plan économique les inégalités qui semblent admises dans la société de l’époque. Ici, on observe donc un certain dépassement des textes sacrés.

En effet, pour lui, une consommation limitée au minimum vital, avec une production correspondante, élimine par définition tout surplus économique.
Pareillement, elle risque d’affaiblir physiquement les hommes, d’entraîner une baisse de la population, une limitation de la croissance économique et finalement la destruction de la société.