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lundi 5 décembre 2022

Vers une hausse généralisée sur les produits à forte consommation

Vivre comme un nabab et demander aux travailleurs de serrer la ceinture. Tel est le reproche fait à l’Etat qui promet de ne faire aucune augmentation de salaires, cette année. Les spécialistes mettent, par ailleurs en garde contre une application de la vérité des prix comme le requiert le Fonds monétaire international.

Dans les jours à venir, il ne faudrait pas s’étonner qu’il y ait une hausse généralisée sur les produits à forte consommation des Sénégalais. En effet, comme le révélait EnQuête dans son édition d’hier, des tractations ont, ces derniers jours, été enclenchés secrètement en haut lieu, entre des fonctionnaires du Fonds monétaire international et des représentants de l’Etat. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces concertations n’augurent rien de bon pour les Sénégalais, particulièrement les ménages déjà assez éprouvés. En effet, l’institution de Breton Woods est formelle. L’Etat du Sénégal devrait tout bonnement appliquer la vérité des prix et cesser les politiques de subvention. Dans le viseur de cette institution internationale, il y a aussi certains programmes de l’Etat qui risquent d’être sacrifiés à l’autel des âpres négociations entre les deux camps. Et c’est mal connaitre les moyens terribles de pression dont disposent ces organismes internationaux, en particulier le FMI et la Banque mondiale. Le président de la République lui-même le reconnait.

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Face aux syndicalistes avant-hier, il disait : “Si on dépasse les limites, les conséquences vont être immédiates et désastreuses. Nous risquons de perdre la confiance de nos partenaires. Et si on perd cette confiance, vous savez ce que nous avions vécu, avec les plans d’ajustement structurel… Le jour où on dérape, c’est terminé. On va appliquer la vérité des prix. On va annuler les programmes sociaux. Ce n’est pas ma position. Nous tâcherons donc de ne pas dépasser les limites…’’ Cette confession publique du chef de l’Etat en dit long sur la situation précaire que traverse l’économie nationale et sur la ligne directrice définie par le président de la République. Comme s’il était assis sur un œuf, le Sénégal risque à la moindre mesure de sombrer vers des déficits qui pourraient l’entrainer vers des politiques d’ajustement. C’est en tout cas, ce que l’on aurait cru, à entendre les récriminations du chef de l’Etat. De l’autre côté, si l’on en croit des fonctionnaires du FMI, le Sénégal aurait déjà franchi le Rubicon et aurait intérêt à aligner les prix sur la réalité du marché.

Les deux parties avaient prévu de se rencontrer, hier, pour continuer les négociations. Nos sources de renchérir que les concertations risquent d’être rudement menées. En tout cas, pour ce fonctionnaire de l’Etat, qui ne veut pas du tout s’épancher sur le sujet, il ne faudrait pas s’étonner, dans les jours à venir, de voir une flambée des prix comme ceux dérivés des hydrocarbures qui entrainent plus de 200 milliards de manque à gagner pour l’Etat, si l’on en croit Macky Sall. Dans le viseur du FMI, il y a directement les prix du carburant, de l’électricité et de presque tous les produits et services dépendant des prix des hydrocarbures. Les conséquences seraient simplement néfastes pour les couches les plus vulnérables de la population, renchérit notre interlocuteur.

Hausse des prix des hydrocarbures et conséquences

Et outre, concernant toujours les produits dérivés des hydrocarbures, il ne faudrait pas non plus s’étonner de l’augmentation des prix du pain qui, récemment, ont fait l’objet d’un protocole d’accord entre le gouvernement et les boulangers. En effet, si l’Etat a pu désamorcer cette bombe du pain, en consentant une baisse de 700 francs CFA sur le sac de farine, il faudrait attendre, quant à la mise en œuvre d’une telle décision. Quelle mesure prendra le gouvernement pour une compensation des efforts des meuniers ?, s’interroge notre source qui doute de la possibilité pour l’Etat de rendre pérenne cette mesure. En cas de hausse des prix des hydrocarbures, tous les secteurs : transports, électricité, boulangers, industries, tout le monde va le sentir. Mais comment en est-on arrivé là ? A entendre le chef de l’Etat face aux travailleurs le 1er mai, on croirait que ce sont les efforts consentis pour l’amélioration des salaires, ainsi que du pouvoir d’achat des Sénégalais qui ont entrainé toute cette situation. Mais que non ! semble rétorquer l’économiste, enseignant chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop, Meissa Babou.

Selon lui, l’Etat n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Pendant que le chef de l’Etat invoque la masse salariale et le service de la dette pour déclarer qu’il ne procédera à aucune augmentation de salaire, le professeur, lui, relativise et signale que 50% de cette masse salariale (environ 800 milliards FCFA) est consacrée à “quelques 5% de hauts fonctionnaires’’. Pour lui, si le Sénégal en est arrivé là, il y a d’une part l’endettement qui “nous tue’’ ; d’autre part, la surcharge de l’Etat, avec des agences à n’en plus finir, des institutions budgétivores comme le HCTT…

300 milliards consacrés à l’achat de véhicules

“Je crois que, si on est un peu sérieux et qu’on veut vraiment aller vite, comme on le dit, ilfautréduire les dépenses publiques dispendieuses de l’Etat. On gagnerait ainsi quelques milliards à mettre de côté pour finir des chantiers ou pour rembourser la dette intérieure’’. Puis, il ajoute à propos du service de la dette : “Qui est le responsable, si le service de la dette est important ? On leur (les gouvernants) a toujours dit qu’il y a un endettement excessif, mais, ils n’écoutaient personne. Le service de la dette est supérieur à la masse salariale’’. Monsieur Babou estime ainsi que, c’est surtout à cause du train de vie de l’Etat que le pays traverse des moments difficiles. Citant le président de la République, il le pointe sur les 300 milliards consacrés à l’achat de véhicules, ainsi que les 140 milliards des agences et institutions budgétivores. “Le Sénégal, dit-il, n’a que sa fiscalité. Et il y a une pression terrible sur certains acteurs identifiés qui paient pour tout le monde. A côté, il y a beaucoup d’acteurs qui sont exonérés par l’Etat lui-même ; et d’autres qui ne sont même pas identifiés, alors qu’ils devaient normalement payer. Tout ça, c’est de la responsabilité exclusive de l’Etat’’. Très en verve, il préconise également de réorienter certaines dépenses à caractère social. “On ne peut pas, dans un pays où les charges sont nombreuses, les ressources limitées, se permettre de donner gratuitement 40 milliards par-ci, 30 milliards par-là… En plus, ce sont des gens qu’on ne fait pas travailler. C’est de l’argent perdu. Pour moi, c’est uniquement pour avoir des suffrages qu’on a pris 300 mille sénégalais et qu’on leur donne 25 milliards par trimestre. Ça fait partie des surcharges de l’Etat et le gouvernement gagnerait à les réorienter pour ne pas dire les abandonner’’

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