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La problématique de l’accès au crédit des PME au Sénégal : contraintes du système de financement et perspectives d’amélioration

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La problématique du financement de l’entreprise et en particulier des petites et moyennes entreprises (PME), constitue une réelle préoccupation dont l’acuité est rendue plus brûlante dans le contexte actuel, marqué par la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE).

L’accompagnement du segment PME qui constitue un levier important de la croissance économique en termes de création de richesse et d’emplois, appelle tout naturellement la levée d’un certain nombre de contraintes parmi lesquelles les difficultés persistantes d’accès au financement des entreprises (PME, informel). En effet, la contribution du secteur bancaire au financement de l’économie sénégalaise reste encore faible (près de 36% en 2017), contre des taux supérieurs à 70% pour des pays tels que le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud, voire de plus de 99% pour la France.

Cette situation est liée à la fois à la structure du marché et aux conditions d’accès au crédit. A ce niveau, plusieurs facteurs entrent en jeu dont le degré d’asymétrie d’informations entre institutions financières et emprunteurs, le niveau et les types de garanties exigées, etc.

Outre l’absence de garanties et le défaut de formalisation assez marqué dans le secteur, le manque d’expertise financière des PME dans le domaine de la gestion bancaire et comptable constitue un autre frein majeur qui rend souvent très précaire la relation de confiance entre les PME et les institutions financières et singulièrement les établissements de crédit.

Cette présente contribution a pour objet d’une part, de faire un diagnostic axé sur les contraintes et entraves du système de financement des PME, et d’autre part, de dégager des propositions visant la facilitation de l’accès au crédit.

 

I-LES CARACTERISTIQUES DES PME AU SENEGAL

Le tissu des entreprises au Sénégal est essentiellement composé de Petites et Moyennes Entreprises (PME) qui représentent près de 90%. Avec une contribution au PIB qui tourne autour de 30%, ces entreprises emploient environ 60% de la population active, soit 42% du total des emplois du secteur moderne. Les PME sont constituées en majorité d’entreprises artisanales ou commerciales de tailles variables et de formes juridiques différenciées.

Le manque de transparence du système d’informations des PME et surtout des activités informelles, notamment l’absence d’états financiers fiables et de procédures de monitoring et de reporting, est souvent déploré comme étant la source d’incompréhensions de toutes sortes entre les entreprises et les institutions financières.

Outre la difficulté de présenter des garanties acceptables par les institutions financières, la faiblesse du niveau de capitalisation financière des PME et le défaut de formalisation constituent d’autres facteurs limitant des relations de confiance avec les établissements de crédit.

Le besoin de renforcement des connaissances sur l’offre de financement et ses conditions d’accès, la détermination et la formulation de besoins de financement crédibles, les différents types de garantie et d’assurance requis, le coût et la complexité des procédures de réalisation de ces garanties, la gestion des contentieux avec les intermédiaires financiers, constituent ainsi autant de préoccupations à résoudre pour favoriser le financement et l’essor de la PME.

 

II-LE DIAGNOSTIC DU SYSTEME DE FINANCEMENT DES PME

Le financement par emprunt bancaire demeure au Sénégal la principale source de financement externe des entreprises notamment les PME. Malgré une diversification de l’offre de financement avec la présence de 29 établissements de crédit et une multitude de SFD (dont une dizaine de grands réseaux), les TPE/PME font toujours face à de nombreuses difficultés pour le financement de leurs activités.

Ces contraintes peuvent être relevées aussi bien au niveau des interventions des banques, des SFD, nonobstant la mise en place depuis plusieurs années par l’Etat de lignes de garantie et de crédit.

Au niveau des banques, les limites- ci-après peuvent être relevées :

  • une offre de crédits contrainte par l’importance et la nature des ressources mobilisées au regard des exigences de solvabilité et de liquidités requises par la réglementation prudentielle[1];
  • une absence dans l’organisation des banques de structures et de ressources dédiées aux PME ;
  • un manque de célérité dans la prise de décision d’octroi de crédit ou d’engagement par signature (financement d’avances sur marchés, financement du fonds de roulement) ;
  • une tarification élevée des coûts des crédits destinés aux PME et des coûts des actes usuels y compris des services financiers de base.

Pour les SFD, leurs interventions pour le financement des entreprises sont limitées par :

  • la structure des ressources généralement constituées de dépôts à vue des membres/clients et un faible niveau de capitalisation ;
  • une absence de partenariat dynamique entre secteur bancaire et celui de la microfinance ;
  • la faiblesse des montants alloués par les SFD aux entreprises par rapport à leurs besoins ;
  • un niveau jugé élevé des taux d’intérêts sur les crédits aux PME ;
  • l’inadéquation des procédures de recouvrement des créances.

Au niveau institutionnel, même si la multiplication des lignes de crédit et des fonds de garantie a été d’un apport important dans la facilitation de la prise en charge des besoins des PME, les obstacles ci-après limitent l’efficacité de leurs interventions :

  • une complexité des conditionnalités d’accès aux lignes de crédit (priorité aux grandes entreprises et application des procédures classiques des banques domiciliataires) ;
  • des taux d’intérêt non incitatifs ;
  • un faible taux de recouvrement des prêts ;
  • une défaillance des systèmes d’évaluation et de suivi des risques ;
  • une mauvaise sélection des clients par les établissements prêteurs partenaires.

Enfin, au niveau des PME, celles-ci sont confrontées à de nombreuses contraintes parmi lesquelles l’accès au financement. Ce constat contraste avec la surliquidité relevée bien souvent dans le secteur financier. L’accès au financement formel reste encore faible en raison du risque de non-paiement jugé généralement important par les banques et des limites structurelles d’une frange importante des PME qui se déclinent principalement comme suit :

  • le manque d’expertise financière qui rend difficile l’élaboration de projets bancables ;
  • absence d’états financiers fiables ;
  • la méconnaissance des normes comptables et de gestion et absence de procédures financières rigoureuses ;
  • l’incapacité à définir correctement les besoins en investissements et en fonds de roulement ;
  • l’absence de collatéraux adaptés aux types de crédit sollicités et facilement réalisables.

Au total, sans absoudre les établissements de financement concernant leur frilosité souvent décriée à l’égard du risque PME, , il est généralement admis que la mauvaise qualité de l’information comptable produite par les PME figure tout autant parmi les principales entraves au renforcement de la qualité de la relation d’affaires entre ces dernières et les banques.

 

III-PROPOSITIONS POUR LA FACILITATION DE L’ACCES AU FINANCEMENT DES PME

Au vu des nombreuses contraintes sus-relevées, des pistes d’actions visant à faciliter davantage l’accès au financement des entreprises seraient souhaitables à plusieurs niveaux au titre desquels :

  • la rationalisation et le regroupement des lignes de crédit et fonds de garanties, avec la création d’une structure à guichets multiples (garantie, participation et refinancement, etc.) ;
  • l’amélioration de la qualité de l’information sur le crédit à travers notamment l’utilisation optimale des informations du Bureau d’Information sur le Crédit (BIC) par les institutions financières en vue d’un meilleur profilage du risque des PME ;
  • la mise en œuvre d’un système d’informations sur les crédits aux TPE et PME ;
  • l’incitation à la création et le développement de sociétés spécialisées, notamment dans le crédit-bail, l’affacturage et le capital-risque ;
  • l’opérationnalisation de la Caisse des Marchés Publics pour le financement des PME attributaires de marchés publics ;
  • la dynamisation des Centres de Gestion Agréés (CGA) en vue de permettre la modernisation du système d’information des PME/PMI ;
  • la pérennisation du programme de labellisation des PME et sa mise en cohérence avec les normes d’analyse des risques par les institutions financières et la Banque Centrale;
  • l’opérationnalisation du dispositif de soutien au financement des PME à travers notamment des incitations offertes par la BCEAO aux établissements de crédit par l’adaptation de dispositions réglementaires spécifiques au segment de client PME/ PMI ;
  • le renforcement continu des capacités techniques des PME, en particulier dans le domaine de la gestion comptable et financière.

[1] A ce niveau, il convient de noter les mesures visant leur assouplissement pour tenir compte de la partie stable des dépôts à vue dans la détermination des ressources stables des établissements de crédit.

Dr Aliou DIOP, Docteur en Sciences Economiques, Expert financier

Email: dralioudiop@gmail.com